© Kevin Lauret

Des lieux à coucher dehors

Mettez un peu de fantaisie dans votre vie en séjournant dans des lieux originaux, détournés de leur vocation première. Nos régions en fourmillent.

Destination « buron » !

Emblématique du Cantal ou de l’Aubrac, le buron est un petit abri de pierre pour les bergers venus passer l’été en altitude avec leurs bêtes. À l’abandon, suite à l’exode rural, ils ont trouvé une nouvelle vie dans le tourisme. Le buron est à l’origine un habitat saisonnier en altitude destiné à héberger les bergers en estive, une sorte de cabane en pierre recouverte de lauzes en guise de toit où se fabriquait le fromage local, le fameux cantal. Petit patrimoine en péril, la plupart de ces abris menaçaient de tomber en ruine jusqu’au début des années 2000, lorsqu’un engouement se fait jour pour les hébergements dits « insolites », reflet d’une évolution des sociétés lasses des loisirs de masse, des destinations à la mode où les foules s’agglutinent. Place à la simplicité, au naturel, au vagabondage ! Certains fermiers pionniers propriétaires de burons investissent dans leur restauration et les mettent en location. Idéal pour se déconnecter s’isoler et fuir le tourisme standardisé ! Une initiative encouragée par l’association pour la sauvegarde des burons du Cantal créée en 1984 qui veille au grain afin que les projets de réhabilitation ne soient pas détournés de leur vocation première, à savoir respecter le bâti et l’architecture traditionnelle : pas question d’accepter les projets pharaoniques en rupture avec l’esprit du lieu. Certains de ces hébergements se méritent : isolés en pleine nature, il faut pour les rejoindre emprunter des chemins de montagne nécessitant une heure de marche ! Mais le jeu en vaut la chandelle. Par sa singularité, un séjour dans un buron contribuera à faire de votre voyage un événement unique et inoubliable !

Pour vivre heureux, vivons cachés !

Les sites troglodytiques, très présents dans les Pays de la Loire, se sont reconvertis avec bonheur dans le tourisme. En Indre-et-Loire, dans le Saumurois ou le Loir-et-Cher, ils font la joie des voyageurs en quête d’inédit à condition de ne pas souffrir de claustrophobie !

« Troglo » pour les intimes, apocope pour les grammairiens, le troglo(dyte) se caractérise par la pierre tendre dans laquelle il est taillé, le tuffeau, emblématique de la région. 

D’abord utilisée notamment pour la construction des célèbres châteaux de la Loire, d’édifices religieux, cette pierre blonde extraite en quantité a fini par former des carrières souterraines qui servirent de refuges, voire d’entrepôts, de caves à vins ou de champignonnières et bientôt d’habitations. Avantage non négligeable : la température y est constante, été comme hiver. Dès le Moyen Âge, des populations de paysans pauvres s’y installèrent. Certaines galeries souterraines s’étendent sur plusieurs kilomètres ! Progressivement abandonnées, elles connaissent un renouveau avec le développement du tourisme et l’intérêt pour le patrimoine historique local. Des passionnés se sont constitués en association pour la défense et la promotion du patrimoine troglodytique !  

À Rochemenier, à dix minutes de Doué-la-Fontaine, un musée est consacré aux troglodytes et les offices de tourisme proposent des « troglo-trips » à bicyclette, des week-ends « tout compris », des dîners aux chandelles et autres animations. Des expériences insolites à ne pas manquer !

Des racines et des ailes

L’élevage de pigeons n’est plus ce qu’il était… Victime de l’exode rural, les pigeonniers ont été laissés à l’abandon ou transformés en débarras ! L’engouement pour la préservation du patrimoine rural a suscité un regain d’intérêt et permis de sauver de la ruine de nombreux édifices. Reconvertis en gîtes ou chambres d’hôtes, voire en résidences secondaires, ils connaissent un succès croissant auprès des touristes en recherche d’authenticité.

C’est dans le sud-ouest de la France qu’ils sont les plus nombreux, mais on en trouve également sur tout le territoire. Sur le plan architectural, on dénombre plusieurs types. Qu’ils soient de type toulousain en « pied de mulet », sur piliers, sur arcades, en forme de tour, à toit pyramidal ou à lanternon, les pigeonniers se distinguent essentiellement par leurs toitures et par leur couronnement ou « quille ».

Dans le Tarn, l’un des départements les mieux lotis, un dépliant spécial destiné aux touristes a été conçu à l’aide d’un passionné, Ernest Roschach, auteur de plusieurs livres sur le sujet.

Pour mémoire, le rôle du pigeon dans le domaine de la communication civile et militaire a une longue histoire. Pendant la Première Guerre mondiale, l’un d’entre eux, l’officier-pigeon « Le Vaillant », matricule 787.15 a été cité à l’ordre de la Nation pour avoir sauvé de nombreuses vies. En Belgique, à Charleroi, un monument en l’honneur du « Pigeon soldat » a été édifié. Pigeon vole et l’imagination avec !

Denise Cabelli