Le renoncement aux soins
Notre système de soins est réputé performant. Cependant, il apparaît que nombre de patients ne sont pas soignés simplement parce qu’ils renoncent, pour diverses raisons, aux traitements dont ils devraient et pourraient bénéficier. Ces motifs peuvent être financiers, liés à l’ignorance de leurs droits ou parfois à des raisons philosophiques…
L’expression « renoncement aux soins » est apparue dans les années 1990.Si sa définition peut paraître aisée – le renonçant aux soins désignant toute personne ayant des problèmes de santé qui refuserait de se soigner –, le phénomène est difficile à mesurer. Selon un sondage réalisé en 2019 par Opinionway pour le quotidien Les Échos et Harmonie Mutuelle, 59 % des personnes interrogées avouaient avoir, dans les douze mois précédents, renoncé à des soins médicaux. Les raisons étaient, pour 29 %, financières. Le motif était invoqué en majorité (37 %) par des jeunes actifs entre 25 et 34 ans.
Les patients renonçant aux soins sont d’abord ceux qui disposent des revenus les plus faibles ou qui ont un pouvoir d’achat en baisse.
Les soins qui faisaient le plus l’objet de renoncement étaient les soins dentaires (61 %), le changement de montures de lunettes (55 %), les bilans de santé complets (34 %) ou les consultations en cardiologie (22 %).
Pour le baromètre de l’Observatoire des non-recours aux droits et aux services (données 2016), plus d’un assuré sur quatre déclare avoir déjà dû remettre des soins médicaux à plus tard pour des raisons financières ou bien à cause d’une couverture par l’Assurance maladie insuffisante.
Le plus souvent, on est face à des familles monoparentales ou à des personnes vivant seules, des assurés sans activité professionnelle ou avec de petits revenus, sans mutuelle ou sans médecin traitant.
Plus généralement, il est possible d’identifier deux séries de facteurs qui expliquent le renoncement aux soins.
On peut d’abord pointer des motifs liés à l’environnement : absence de toute complémentaire santé, dépassements d’honoraires, augmentation de la participation financière des patients, organisation territoriale de l’offre…
Ensuite, on peut distinguer des raisons liées aux individus eux-mêmes : rapport personnel à la santé, possibilité de se tourner vers d’autres thérapies…
La même étude d’Opinionway avance ainsi plusieurs causes de renoncement, comme l’éloignement géographique, le délai d’attente trop important même si l’aspect financier reste « la première raison de ne pas se soigner ».
En étudiant la situation dans les territoires, une étude de la Fédération hospitalière française pointe le fait que 40 % des Français estiment difficile d’accéder à des soins de santé là où ils vivent. La proportion dépasse la moitié des habitants des communes rurales (53 %) et des agglomérations de moins de 20 000 habitants (52 %). Plus d’un tiers des patients (36 %) estiment même vivre dans un « désert médical ».
Le problème est plus aigu pour certaines catégories de professionnels : 47 % des Français jugent difficile l’accès à un médecin généraliste et 63 % à un médecin spécialiste. Et 24 % parlent même d’une situation « très difficile ». Les dermatologues, ophtalmologues et cardiologues sont les spécialistes les plus difficiles d’accès.
Les conséquences de cette situation sont importantes en termes de comportements de soins. Il apparaît en effet que 81 % de nos compatriotes reconnaissent avoir déjà renoncé à consulter un professionnel de santé, au cours des douze derniers mois, pour au moins une des raisons suivantes : des délais d’attente trop longs (65 %) ; l’absence de spécialistes à proximité (60 %, jusqu’à 70 % en zone rurale) ; des coûts jugés trop élevés ou des remboursements insuffisants (47 %).
Mise en place de solutions
Prenant en considération les résultats des différentes études menées par plusieurs organismes, les pouvoirs publics mettent en place des dispositifs pour lutter contre le renoncement aux soins. Leur but était : de maîtriser le reste à charge des ménages en matière de santé ; de solvabiliser les ménages, notamment les plus modestes, afin qu’ils aient accès à une complémentaire santé (via des dispositifs comme la complémentaire santé solidaire) ; d’agir sur les offreurs de soins, afin qu’ils maîtrisent leurs coûts (par des dispositifs comme le « 100 % santé », ou en ne pratiquant pas de dépassements d’honoraires).
L’Assurance maladie a élaboré à partir de 2014 un dispositif anti-renoncement aux soins. Après un premier test dans le Gard puis dans quelques autres départements, le plan a été généralisé à toute la France en 2018.
Tout assuré peut évoquer les difficultés à se soigner qu’il rencontre auprès de chaque organisme d’Assurance maladie (Caisse primaire d’assurance maladie, service social, service médical, centre d’examen de santé).
Certains partenaires de l’Assurance maladie (les agences France Travail, les caisses d’allocations familiales, les centres communaux d’action sociale, les établissements de santé, etc.) peuvent aussi identifier les personnes qui ont reporté leurs soins à plus tard ou qui y ont renoncé. S’ils acceptent d’être accompagnés, ils sont orientés vers un conseiller de la CPAM du département.
D’abord, ce conseiller fait avec l’assuré le point sur les difficultés à se soigner, à s’équiper (lunettes, appareil auditif, couronnes dentaires…), à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, à réaliser des examens coûteux… Afin d’identifier quels soins ont été retardés, après s’être assuré que la personne en difficulté est disposée à s’engager dans la durée dans le processus d’accompagnement qui lui est proposé, il vérifie alors qu’elle bénéficie bien de l’ensemble de ses droits à l’Assurance maladie.
Au besoin, on l’aide à les demander. Ensuite, l’accompagnement est mis en place.
L’accompagnement du renonçant
Tout au long du processus, le même conseiller sera l’interlocuteur unique du patient qu’il suit. L’accompagnement se fait le plus souvent par téléphone, avec des rendez-vous physiques complémentaires.
L’assuré est guidé pour accéder à une complémentaire santé s’il n’en a pas, et pour rassembler les éléments d’une demande de financement pour des soins trop coûteux. On peut aussi l’aider à trouver et à consulter des professionnels de santé, ou pour contacter les structures dont il a besoin. Il est aussi incité à déclarer un médecin traitant si besoin, pour être mieux remboursé et s’inscrire dans le parcours de soins.
Si l’assuré rencontre des difficultés plus complexes que le renoncement aux soins, il peut être orienté vers le service social de l’Assurance maladie ou des partenaires externes.
Puis le conseiller s’assure auprès de l’assuré que les soins prévus ont été réalisés et que ce dernier saura quoi faire en cas de nouveaux besoins de santé.
Alain Noël
