© Shutterstock

Vieillir en coopérative (si on vieillissait ensemble)

Nous vivons plus vieux, mais nous voulons aussi vivre mieux notre vieillesse. Le souci est que si les pensions de retraite tendent à baisser (1 500 € brut par mois), le coût moyen d’hébergement en Ehpad flirte avec les 2 000 € mensuels. Heureusement, des alternatives existent.

Le coût d’un séjour en Ehpad (Établissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes) est de 2 700 à 4 500 € par mois à Paris et de 1 520 à 1 830 € par mois en province, quand les pensions de retraite s’avèrent nettement insuffisantes pour le financer. Même en recourant à la solidarité familiale, ce poste grève lourdement le budget des personnes concernées, pensionnaire ou proches. Des alternatives existent pourtant. La première est l’unité de soins longue durée (USLD), anciennement appelée service de long séjour, qui est un service hospitalier (comportant plateau technique, médecin, infirmière) pour les patients dont l’état ne permet pas l’admission en Ehpad. Le coût est sensiblement le même que celui de l’Ehpad pour le résident, un peu plus pour la collectivité. Car les frais de santé sont couverts à 100 % par la Sécurité sociale (la collectivité). La dépendance est couverte par l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) et le volet hôtelier est à la charge du résident/patient. L’Ehpad à domicile offre l’avantage d’être chez soi et revient moins cher – le coût est équivalent à celui d’un Ehpad, moins les frais hôteliers. Le principe est qu’on utilise les ressources de l’Ehpad pour prendre en charge des personnes âgées dépendantes vivant chez elles. Les équipes et services de l’Ehpad leur rendent visite à domicile et assurent le service qui, sinon, relèverait du service d’aide et d’accompagnement à domicile – infirmière – hospitalisation à domicile éventuelle. Mais ce type de service reste expérimental et n’est déployé que dans quelques établissements.

L’hébergement mixte en résidence sénior-Ephad vise les personnes non dépendantes (ce qui est aussi la caractéristique des résidences séniors). Tout en permettant un passage progressif en institution, il évite la désorientation liée à l’entrée dans une telle structure. Les résidents et les pensionnaires de l’Ehpad partagent des espaces communs, notamment pour les repas. Les personnes en résidence sénior ne perdent pas leurs habitudes ou leurs repères si un jour elles doivent entrer en Ehpad. Mais ce dispositif n’est pas éligible à l’aide sociale, ce qui de fait le réserve aux personnes ayant les moyens de vivre en résidence services. Dans le même temps, l’organisation hôtelière de la résidence services ne plaît pas à tous.

Autre solution : la famille d’accueil, c’est-à-dire l’hébergement chez l’habitant d’une personne handicapée ou d’une personne âgée, dépendante ou non. Le dispositif est géré par le conseil départemental (qui donne son agrément à la structure accueillante et, ultérieurement, vérifie le bon fonctionnement du service) et le coût avoisine 1 800 € par mois, charges comprises. Mais ce montant peut être ramené à 1 000 € si la personne hébergée est bénéficiaire de l’APA, de l’AAH (allocation d’adulte handicapé) et/ou de l’APL (aide personnalisée au logement). La famille d’accueil convient aux personnes âgées et aux adultes handicapés qui souhaitent vivre dans une famille, même si ce n’est pas la leur. Mais ce dispositif est inégalement réparti sur le territoire, par ailleurs il suppose qu’on accepte les contraintes d’un mode de vie « familial ». Une entreprise sociale, CetteFamille, dispose d’un réseau d’accueillants familiaux et d’habitats partagés. Elle met en relation les parties prenantes, personnes âgées ou handicapées d’un côté, et familles d’accueil candidates, de l’autre.

La solution coopérative

Vieille idée puisqu’elle date des années 1950 lorsqu’il s’agissait de lutter contre ce qu’on appelait la crise du logement, l’habitat participatif vise à permettre à des groupes de personnes de concevoir, créer et gérer leur habitat de façon collective, en alliant espaces privatifs et espaces communs pour mieux satisfaire leurs besoins, en accord avec leurs moyens financiers et leurs aspirations. De même, l’habitat coopératif peut évoquer certaines communautés des années 1960. Quant à l’habitat partagé accompagné, il repose sur la même base, mais s’accompagne de la mise à disposition d’auxiliaires de vie. Ce type de projet peut venir d’associations, de collectivités territoriales ou de promoteurs privés. Le principe qui guide les promoteurs de ces initiatives est le « vieillir ensemble », et surtout le « rester autonomes ensemble ». En même temps, le but est de remplacer les coûts par de la solidarité, maître-mot d’où tout découle. Au lieu de dépendre des charges d’une collectivité, on va partager la propriété et organiser une autogestion. Cela aboutit à la création de maisons de retraite coopératives. Il s’agit généralement de colocations. Le coût pour chacun est variable et la différence se fait sur le volet de la dépendance. Il existe actuellement une quinzaine d’établissements de ce genre dans notre pays. À Vaulx-en-Velin (dans le Rhône), la résidence Chamarel-les-Barges en est un exemple. Elle comporte 18 appartements T2 ou T3 sur quatre étages, des balcons, un jardin potager, une buanderie, un garage à vélos, etc. Aucun risque de spéculation immobilière : chaque résident paie un loyer, entre 600 et 800 € et acquitte une part sociale d’environ 30 000  €. S’il quitte les lieux, cette somme lui est remboursée. Les habitants, ensemble mais indépendants, gèrent la résidence mais la vie privée est respectée.

Alain Noël

Portail national d’information pour les personnes âgées : Pour-les-personnes-agees.gouv.fr
Medical-services.fr/alternatives-a-la-maison-de-retraite-ehpad/
Cettefamille.com