Une stratégie pour faire baisser la pression sur les urgences
En dix ans, le temps passé aux urgences s’est allongé. Face à ce constat, le gouvernement a annoncé mettre en place une stratégie pour réduire les passages évitables et fluidifier l’accueil des patients.
La ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a présenté, le 5 juin, une stratégie nationale pour les urgences. Celle-ci vise à diminuer les visites évitables et à redonner plus de capacité à ces services. L’objectif affiché est de leur permettre de « prendre en charge les situations les plus graves et les plus urgentes ».
Des services fortement sollicités
Chaque année, les urgences comptabilisent en effet près de 20 millions de passages (lire aussi notre article sur leur histoire). Ce nombre s’est stabilisé mais la pression demeure forte.
Entre 2013 et 2023, la durée passée aux urgences a ainsi augmenté pour tous les parcours de soins. C’est ce que révèle la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) qui a publié deux nouvelles études le 1er juin. « En 2023, un jour d’activité moyenne aux urgences, la moitié des patients ayant fait l’objet d’une prise en charge complète y ont passé plus de 3 h 10, contre 2 h 15 en 2013 », précise-t-elle.
Un allongement des délais d’attente
Dans le détail, il existe des disparités selon les parcours de soins. La durée médiane de prise en charge d’un cas simple — une consultation sans examen ni hospitalisation — est de 1 h 35 en 2023 (contre 1 h 15 dix ans plus tôt).
Mais c’est pour les situations les plus complexes que le temps d’attente explose. La moitié des patients admis en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) restent désormais aux urgences plus de 17 h 30 en moyenne. Cela représente 2 h 40 de plus qu’en 2013.
L’attente est aussi longue pour ceux qui nécessitent une hospitalisation dans un autre service. La moitié d’entre eux patientent plus de 6 h 30, un bond de 1 h 45 par rapport à 2013.
La Drees note, de plus, des différences selon les horaires d’accueil. Il y a ainsi plus d’attente avant la prise en charge pour les individus qui arrivent en début d’après-midi. Par ailleurs, obtenir un lit à la sortie des urgences est plus long pour les personnes âgées. Logiquement, les délais sont aussi plus importants dans les points d’accueil à forte affluence.
Proposer des alternatives aux urgences
Le ministère estime que 30 à 40 % des patients accueillis aux urgences pourraient être pris en charge ailleurs. C’est pour cela que la priorité de la stratégie est de leur offrir des alternatives. Le gouvernement prévoit donc la généralisation du service d’accès aux soins (SAS). Ce dernier, accessible par téléphone en composant le 15, permet d’obtenir un conseil médical rapidement. Pour ce faire, 12 000 professionnels de santé vont être embauchés.
En parallèle, « les travaux engagés pour mieux encadrer les centres de soins non programmés seront également accélérés ». Il s’agit, dans ce cas, soit de cabinets de médecine générale avec des horaires élargis, soit de centres avec un plateau technique (radiographie, biologie médicale).
Réorienter à l’entrée
La deuxième mesure de la stratégie nationale consiste à mieux orienter les patients dès leur arrivée. « L’objectif est que tous les services d’urgence puissent proposer, lorsqu’elle est médicalement pertinente, une prise en charge rapide en ville plutôt qu’un passage prolongé aux urgences », explique le ministère.
Celui-ci souhaite également développer la régulation de l’accès aux services par des personnels dédiés. Déjà expérimentée dans plusieurs territoires, elle sera mise en œuvre dans une centaine d’établissements dès l’automne. Le but est alors d’anticiper les tensions hivernales.
Fluidifier aussi la sortie des urgences
Le troisième chantier de la stratégie s’attache à améliorer l’aval des urgences. « Trop souvent, des patients demeurent plusieurs heures aux urgences faute de lit disponible ou de solution d’hospitalisation adaptée, contribuant directement à l’engorgement des services », considère le ministère. En réponse, il promet de généraliser la gestion des lits et les admissions directes en hospitalisation. Il veut aussi renforcer les capacités en médecine polyvalente, gériatrie et soins de réadaptation.
Une campagne choc pour changer les habitudes
Enfin, quatrième point, la stratégie ambitionne de faire évoluer les réflexes des Français. Une campagne d’information, intitulée « Les urgences, ce n’est pas une évidence ! », est lancée. Elle informe le grand public sur les alternatives (médecins libéraux, maisons de santé, appel au 15…) aux urgences. Elle incite également à réserver ces dernières aux véritables situations critiques.
« Nos services d’urgence ne peuvent pas être la réponse à toutes les situations de soins, estime Stéphanie Rist. Nous devons leur redonner de l’air pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à leur mission : prendre en charge les urgences vitales et les situations les plus graves. Notre stratégie est simple : développer les alternatives, mieux orienter les patients et réduire massivement les passages évitables. C’est une condition indispensable pour améliorer durablement l’accès aux soins des Français. » Avec cette stratégie, elle vise une diminution de moitié des passages évitables, soit une baisse de 4 millions par an. Un véritable défi qu’il est indispensable de relever.
