Stimulation de la moelle épinière, un traitement de pointe
La neurostimulation médullaire consiste à délivrer des impulsions électriques afin de modifier les signaux de douleur transmis au cerveau. Elle permet de réduire certaines douleurs chroniques de 60 à 80 % comme l’explique une spécialiste.
Également appelée stimulation de la moelle épinière, la neurostimulation médullaire existe depuis une cinquantaine d’années. « Cette technique de neuromodulation consiste à utiliser l’impulsion électrique pour modifier et moduler la transmission du message douloureux le long de la moelle épinière jusqu’au cerveau. L’objectif est de diminuer la perception de certains types de douleurs grâce à l’utilisation d’un petit appareil implanté lors d’une intervention chirurgicale », explique le Dr Hayat Belaid, neurochirurgien et spécialiste en évaluation et traitement de la douleur à l’hôpital Fondation Adolphe de Rothschild.
Elle est proposée dans le cadre de douleurs chroniques sévères entraînant un handicap dans la vie quotidienne et ne répondant pas aux autres traitements. Le Dr Belaid indique : « Les principales indications sont en effet les douleurs neuropathiques, c’est-à-dire par atteinte du système nerveux, les douleurs vasculaires ou les douleurs liées à l’algodystrophie qui sont des douleurs mixtes. »
Différents types de neurostimulateurs
Il existe différents neurostimulateurs médullaires implantables. Ils peuvent être rechargeables ou non en fonction du niveau de stimulation nécessaire ou du besoin des patients. Dans la pratique, l’implantation des neurostimulateurs médullaires est effectuée soit par voie percutanée par un anesthésiste spécialisé ou un neurochirurgien, soit par abord chirurgical uniquement par un neurochirurgien.
Au préalable est réalisé un bilan pluridisciplinaire dans une structure spécialisée dans le traitement de la douleur chronique (CETD). Un test de neurostimulation médullaire a ensuite lieu si l’indication est appropriée, après avoir bien défini les objectifs avec les patients. Lors de cette phase, une électrode est positionnée dans l’espace épidural (espace situé entre le canal osseux rachidien et la dure-mère) au niveau cervical ou au niveau dorsal en fonction de la localisation des douleurs. « Il existe deux techniques pour poser l’électrode : la technique chirurgicale et la technique percutanée qui est plus récente. La stimulation est programmée pour que le patient ressente la stimulation à l’endroit où il a mal. Ensuite, c’est lui qui la gère complètement avec une télécommande. Cette phase de test dure environ une semaine à domicile, et le patient est réhospitalisé pour que soient évalués les effets perçus au cours du test à domicile. Comme le précise la Haute Autorité de santé, l’implantation définitive est conditionnée à une réduction de la douleur d’au moins 50 % », précise le chirurgien. Si cet objectif est atteint, une deuxième intervention est réalisée sous anesthésie locale pour retirer les câbles externes et poser le générateur de stimulation sous la peau (en haut de la fesse ou au niveau du ventre).
« Il s’agit de médecine personnalisée »
« Les évolutions technologiques apportent un plus grand confort et un haut degré de personnalisation de la neurostimulation médullaire, il s’agit de médecine personnalisée », note le Dr Belaid qui précise que cet appareil est généralement conservé à vie. Seul le boîtier doit être changé tous les 12 ans pour les stimulateurs rechargeables. Ses résultats sont probants. « Ces dispositifs réduisent en moyenne la douleur de 60 à 80 %. Ils ne la font pas disparaître complètement, mais permettent de mieux la gérer au quotidien et de reprendre des activités de loisirs et une activité professionnelle. De plus, ils permettent de réduire de façon significative le traitement médicamenteux, et s’affranchir des morphiniques dont les effets secondaires importants sont maintenant connus », souligne le Dr Belaid qui insiste sur l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire et d’un suivi qui permet, si besoin, de procéder à des ajustements des paramètres de stimulation.
Violaine Chatal