Louise Michel
« Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une brèche dans la bêtise humaine. »
Élevée dans l’instruction et la littérature, érigée comme porte-étendard des combats pour l’égalité et contre l’ignorance, cette femme de conviction et profondément libre, fait écho aux valeurs et aux missions qui appartiennent à celles et à ceux qui veulent en finir avec toutes les formes d’oppressions et les injustices.
Elle est la fille illégitime d’un châtelain et d’une servante. Elle grandit dans l’esprit des lumières et devient institutrice afin, dit-elle, « de permettre aux jeunes d’apprendre et de leur transmettre la conscience de l’histoire, avec ses ombres et ses leçons ».
Immense figure de la Commune de Paris, surnommée la vierge rouge, anarchiste convaincue, franc-maçonne, prônant l’union libre, fervente initiatrice du combat pour le droit des femmes, elle n’a de cesse d’élever son entourage aux plus hautes valeurs humanistes.
Après le massacre de la Commune de Paris par Adolphe Thiers où plusieurs milliers de communards furent fusillés, elle est condamnée à sept ans de déportation en Nouvelle-Calédonie. Là-bas, elle prend la défense du peuple kanak, assimilant leurs chants et leur culture tout en dénonçant le colonialisme et ses ravages.
Elle est de retour en France en 1880. Elle fonde en 1895 le journal le Libertaire. Au fond d’elle, Louise Michel est définitivement une rebelle. Elle rejette toutes les institutions oppressives comme l’école traditionnelle où l’église stricte de l’époque, l’entreprise et même les partis politiques.
Jean Jaurès et Victor Hugo lui rendront un vibrant hommage. Elle décède le 9 janvier 1905 des suites d’une pneumonie qu’elle avait contractée au cours d’un de ses nombreux meetings. Sa mort provoque une immense émotion nationale. Ses obsèques sont suivies par une foule considérable qui reconnaît en elle cette émouvante aspiration à un monde qui pourrait enfin porter au plus haut, des valeurs d’humanité et de solidarité.
« N’oubliez pas que l’utopie est la réalité de demain », disait-elle.
Bernard Montini
Louise Michel. Poésies, 1895
Comme sur le hêtre ou le chêne,
Par anneaux on compte les ans ;
Le sol a la trace lointaine
De tous ces profonds changements.
Toujours, toujours les vastes ondes,
Les antres, les forêts profondes,
Fourmillent d’êtres dévorants.
Cependant, à chaque naufrage,
Le progrès grandit lentement ;
Et toujours on va d’âge en âge
À quelque épanouissement ;
On n’est rien que la brute humaine ;
Mais la race haute et sereine
Aura son accomplissement.
Avant que la terre ne meure,
L’homme qui nous succédera
Transfigurera sa demeure ;
La nature le servira.
Ère de héros, de poètes,
Pour eux, au milieu des tempêtes,
Tout élément travaillera.
