Catherine Delahaye

« Le mauvais fonctionnement hépatique est le plus souvent dû à une mauvaise hygiène de vie »

Pierre Nys est endocrinologue-nutritionniste, ex-attaché des hôpitaux de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’alimentation, au diabète et au contrôle de la glycémie.

Le docteur Pierre Nys s’est intéressé, dans son dernier ouvrage*, à un organe polyvalent et indispensable, mais souvent oublié : le foie. Malheureusement, celui‑ci est la victime de notre mode de vie actuel qui le rend malade. Ce médecin nous livre ses conseils pratiques pour faire évoluer nos habitudes et prendre soin de notre foie.

Pourquoi avez-vous choisi de dédier votre dernier livre à cet organe méconnu qu’est le foie ?

Il s’avère que le foie est, comme d’autres organes bien entendu, incontournable dans l’existence humaine. Mais nous nous en préoccupons très peu. Il traite, trie, recycle, répare… tout en se faisant maltraiter. Le problème est qu’il va endurer et endurer jusqu’au jour où il craque, sans avertissement. Et c’est là que survient la fibrose, la cirrhose, etc. Pourtant, ces maladies sont 100 % évitables. Alors, il me semblait important d’aider les lecteurs à prendre conscience de l’existence du foie et de leur faire connaître ses différents rôles pour leur permettre d’agir.

Justement, quelles sont ses fonctions principales ?

Il en a énormément mais je dirais tout d’abord que le foie est l’organe détox numéro un. C’est le point le plus important à retenir. J’en veux pour preuve que tout passe par lui. Tout est « métabolisé » par le foie. Il est notamment connu pour nous permettre d’éliminer l’alcool. Il nettoie au sens propre et réalise un tri sélectif. Les « bons » éléments sont décomposés en petits morceaux de manière à être utilisés par notre corps. Les « mauvais » éléments sont, quant à eux, neutralisés et les déchets sont envoyés vers la sortie via la bile ou le sang.

Sa deuxième fonction qui est, à mon avis, toute aussi importante est la régulation du sucre. Le foie est le point de stockage du glycogène, forme complexe de glucides. Sa libération immédiate par le foie permet de réguler la glycémie en fonction des besoins. Nous pourrions très bien ne pas manger de sucre, puisque notre organisme est capable de réguler nos apports.

En tant qu’endocrinologue, je citerai aussi la fonction de régulation hormonale du foie. Il va, par exemple, produire l’effecteur [un activateur, NDLR] de l’hormone de croissance qui, elle, est sécrétée par l’hypophyse, une glande située dans le cerveau. C’est aussi un organe extrêmement important pour la régulation des hormones thyroïdiennes.

Le foie a ceci de particulier qu’il est un touche-à-tout et qu’il a la propriété de se régénérer en cas de destruction. Cela en fait un organe unique.

Quels sont les facteurs qui peuvent mettre à mal la santé de notre foie ?

La malbouffe, en premier lieu. Elle reste effectivement la pierre angulaire des maladies du foie. Dans la malbouffe, c’est surtout la consommation de glucides qui pose un problème. C’est le cas de tous les types de sucre, mais particulièrement du fructose rajouté dans les produits industriels comme dans les sodas, les jus de fruits, les sauces… Le foie se remplit de sucre qu’il transforme en gras. Et, petit à petit, ce gras modifie sa structure, le rend rigide, ce qui l’empêche d’effectuer correctement son travail.

Bien entendu, il faut aussi faire attention à l’alcool qui a un impact sur le foie.

Parmi les autres facteurs délétères, vous avez tous les polluants, tous les toxiques. Le foie étant l’organe détox numéro un, plus vous le chargez en toxiques, plus vous favorisez son inflammation

Parmi les pathologies qui peuvent affecter cet organe, vous citez la NASH. De quoi s’agit-il ?

La NASH est la non alcoholic steato hepatitis ou stéatose hépatique non alcoolique, en Français. Il existe toujours la forme alcoolique de la maladie, bien sûr, mais là, il s’agit de la forme non-alcoolique. Celle-ci a été décrite dans les années 1980 chez les femmes qui avaient un foie gras, alors même qu’elles ne buvaient pas d’alcool. Aujourd’hui, nous parlons plutôt de MASH, de stéatose hépatique métabolique ou de metabolic associated steatotic liver disease (MASLD). On fait ainsi le lien entre les atteintes hépatiques de stéatose et les maladies métaboliques d’une façon générale.

On distingue trois stades de la maladie : la stéatose simple avec la présence de graisse dans le foie mais pas d’inflammation, la stéatose inflammatoire (la NASH ou la MASH) avec de la graisse toxique dans le foie et un risque net de complications métaboliques, de diabète et d’hypertension artérielle, et enfin, la cirrhose, voire le cancer du foie, qui est extrêmement difficile à traiter.

Est-il possible de prévenir la survenue de la maladie ?

Oui, tout à fait. Le mauvais fonctionnement hépatique est le plus souvent dû à une mauvaise hygiène de vie. On peut donc commencer par modifier ses habitudes alimentaires. Il faut avoir une alimentation pauvre en glucides, privilégier les produits à index glycémique bas – c’est-à-dire qui ont une incidence faible sur la glycémie (comme les légumes verts, les fruits, les lentilles…) –, réduire les graisses saturées, le sel, et bien sûr l’alcool.

En plus, il est extrêmement important de limiter la sédentarité et d’avoir une activité physique. Nous ne bougeons pas assez. Or, l’activité physique est particulièrement bénéfique pour notre foie comme pour tout le reste de notre organisme.

Il faut par ailleurs éviter de s’exposer aux toxiques et aux perturbateurs endocriniens, autant que possible. Enfin, soyez attentif aux médicaments que vous prenez et respectez bien la posologie. C’est notamment le cas avec le paracétamol, dont il ne faut pas dépasser 3 grammes par jour, car on a constaté qu’un excès pouvait être à l’origine d’une hépatite fulminante, une destruction massive et rapide du foie.

Vous proposez, dans votre livre, un programme pour « remettre votre foie à neuf ». De quoi est-il composé ?

Il reprend tous les conseils que nous venons de voir : adopter une alimentation équilibrée, limiter la sédentarité et avoir une activité physique. J’y propose des menus complets pour chaque jour et j’y livre des exercices à réaliser. Encore une fois, adopter une bonne hygiène de vie est indispensable. C’est le message qu’il faut répéter. Je suis très ennuyé de voir qu’aujourd’hui, nous sommes toujours confrontés au problème de la malbouffe. Je comprends, bien sûr, qu’il y a des problèmes d’argent qui se posent mais l’industrie agroalimentaire nous pousse à consommer des choses dont nous n’avons pas nécessairement besoin. Nos concitoyens peuvent faire changer les choses. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille, par exemple, de ne pas dépasser 25 grammes de sucre ajoutés par jour, soit l’équivalent de cinq morceaux de sucre. Certes, ce n’est pas beaucoup mais nous pouvons essayer de commencer par là.

Vous prodiguez aussi des conseils spécifiques pour les femmes enceintes. Pourquoi ?

Ce sont sensiblement les mêmes que pour la population générale. Mais j’ai voulu m’adresser spécifiquement aux femmes enceintes pour une bonne raison : quand on explique aux femmes qu’elles doivent changer leurs habitudes pour la santé de leur bébé, elles le font. C’est une motivation supplémentaire. Ces bonnes habitudes ont un impact bénéfique sur la santé des mères comme de leurs enfants. Et elles peuvent être conservées après la grossesse.

Si vous ne deviez retenir qu’un seul conseil, quel serait-il ?

Mangez mieux, bougez plus ! C’est un slogan simple, efficace et facile à retenir. L’alimentation et l’activité physique sont deux points capitaux pour la santé du foie, comme pour la santé générale de tous.

Propos recueillis par Léa Vandeputte

* Tout vient du foie, Pierre Nys, éditions Leduc, 400 pages, 19,90 euros.