La santé mentale, une richesse en péril ?
La santé mentale fait partie de notre santé globale et il importe d’en prendre soin, comme nous soignons notre santé physique. Le sujet a récemment fait l’objet d’une journée mondiale pour mettre en avant les différentes initiatives en ce domaine.
L’Organisation mondiale de la santé définit la santé mentale comme « un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ». Des mots qui vont au-delà de la notion de maladie.
Les troubles psychiatriques concernent une personne sur cinq et peuvent avoir des conséquences sévères, à différents niveaux. Il est donc nécessaire de les prévenir en agissant tôt lorsque la santé mentale se dégrade.
La journée mondiale consacrée au sujet, en octobre dernier, a permis de faire l’état des lieux et de suggérer des solutions. Selon des sondages publiés par LinkedIn actualités, le stress au travail est très répandu. De façon régulière dans 81 % des cas, et souvent dans 37 % des cas.
Est-il facile de parler de sa santé mentale au travail ? La moitié des personnes sondées répond positivement et l’autre moitié déclare l’inverse. Quant à la prise en charge par l’entreprise de la santé mentale de leurs salariés, seuls 34 % des professionnels la considèrent
suffisante. Alors que pour 60 % des répondants, l’organisation du travail est le levier prioritaire que les entreprises peuvent activer pour préserver la santé mentale de leurs salariés.
Une part essentielle de notre santé globale
Part intégrante de notre santé globale autant que la santé physique, la santé mentale ne se résume pas à l’absence de trouble psychique, rappelle le site santementale-info-service.fr. Elle est aussi l’état mental dans lequel on se trouve à un moment donné. On se sent plus ou moins bien au cours d’une même journée, ou à différentes périodes, selon les situations que l’on vit. Par moments, on ressent un état de bien-être général, nous sommes bien dans notre peau, à l’aise avec les autres, en famille, entre amis, à l’école ou au travail. On peut alors faire face aux tracas de la vie et aux événements stressants, perturbants ou douloureux. À d’autres moments, nous pouvons ressentir un état de mal-être ou une souffrance psychique, nos relations avec les autres peuvent être plus difficiles. On peut avoir l’impression de ne plus pouvoir faire face à ce qui nous arrive.
En fait, notre santé mentale est une recherche d’équilibre et fluctue selon les situations que nous vivons. Elles peuvent être positives : compliments, rencontres qui nous font du bien, pratique d’activités qu’on aime et qui nous aident à prendre du recul, ou encore satisfaction d’avoir réussi quelque chose ou d’avoir simplement passé un bon moment avec un proche ou une connaissance. Autant de situations qui ont un effet positif sur notre santé mentale et qui, en définitive, nous aident à nous « sentir bien ».
Mais nous ne sommes bien sûr pas exempts de situations négatives, à commencer par les « tracas » du quotidien : un problème de transport, une contrariété au travail, une dispute à la maison… Nous nous sentons, le plus souvent, tout à fait capables de gérer ces situations déplaisantes, mais il peut arriver que ces événements nous stressent, voire nous déstabilisent. Ils exercent un impact négatif sur notre santé mentale. Ce qui nous amène à ressentir du stress, de la tristesse, de l’anxiété… Il peut aussi survenir des évènements plus marquants. Il peut nous arriver de devoir faire face à des événements de vie qui feront évoluer de façon plus durable notre santé mentale : rupture, deuil, perte d’emploi, souci de santé, d’argent, de logement, de violence, etc. Le contexte de notre vie et certains évènements peuvent aussi affecter notre santé mentale : le dérèglement climatique, les conflits armés, les crises économiques, les pandémies… Ces éléments suscitent insécurité ou incertitude qui peut amener anxiété, découragement ou encore sentiment d’impuissance.
On voit que notre équilibre dépend de nombreux facteurs divers, qu’il s’agisse de la nature des événements auxquels on fait face ; de leur intensité, de leur durée, de leur éventuelle répétition ; de nos capacités au moment où ils surviennent ; de notre environnement et des conditions dans lesquels on vit ; des personnes sur lesquelles on peut s’appuyer et, enfin, de la qualité de l’aide et des soins reçus en cas de trouble psychique.
Pour comprendre la santé mentale, les spécialistes s’appuient sur des repères qui envisagent deux dimensions : le bien-être ou le mal-être, et l’absence ou la présence de troubles psychiques.
Le mal-être génère de la souffrance psychologique et une mauvaise estime de soi. Les relations aux autres se tendent. De nombreuses nuances existent.
Un trouble psychique se traduit par des symptômes pouvant gravement perturber notre vie quotidienne. Les plus fréquents sont les troubles anxieux, les troubles dépressifs, les troubles de conduites alimentaires, les troubles bipolaires… Un trouble psychique réclame un diagnostic et l’orientation vers des soins adaptés (un suivi psychothérapeutique, des médicaments…).
Mais notre bien-être dépend aussi de la satisfaction d’autres besoins (autonomie, relations sociales, alimentation, sommeil…).
L’idée qu’on s’en fait
Selon la 5e édition du baromètre annuel de la Fondation AÉSIO « Les Français et leur bien-être mental » réalisé avec l’Ifop, 77 % des Français (+ 12 points depuis 2021) se disent inquiets pour le bien-être mental de la population et 82 % se déclarent particulièrement inquiets pour celui des jeunes. Avec un constat sévère pour 63 % des sondés, la santé mentale est mal prise en charge par le système de soins, soit une hausse continue de 7 points depuis 2021. Plus d’un Français sur cinq juge son état de santé mentale « moyen ou mauvais », et la proportion de ceux qui s’estiment dans un état « très bon » ou « excellent » est passée de 43 % en 2024 à 39 % cette année.
Grande cause nationale ? Pour 43 % des Français, cela n’a eu aucun impact réel sur la manière dont le sujet est abordé dans notre pays. Même si 19 % trouvent qu’il y a eu un effet positif sur la sensibilisation et la perception des enjeux de santé mentale et (pour 13 %) sur la prise en charge et l’accompagnement des personnes concernées.
Alain Noël
Des conseils de professionnels
Rédigé par des professionnels de santé et publié par l’association Santé Environnement France, Le petit guide santé et environnement pointe le fait que si les changements individuels sont précieux, « pour un impact durable, il faut aussi des actions collectives structurées ». Ainsi les espaces verts en ville réduisent les risques de dépression, quel que soit le niveau socioéconomique. Une augmentation de 10 % de la surface végétalisée dans un quartier réduirait de 3 % ce risque. De même, l’Agence européenne de l’environnement a montré en 2021 que les habitants vivant à moins de 300 mètres d’un espace vert avaient un risque réduit de 20 % de symptômes anxieux et dépressifs. On estime que l’adaptation de l’habitat et des lieux de travail aux problématiques climatiques participerait à préserver la santé mentale – amélioration de l’attention, des performances cognitives et du sommeil, réduction du stress et de l’anxiété – et même améliorerait la productivité. Lutter contre la sédentarité, notamment au travail, aide également à réduire le risque de dépression. Favoriser l’activité physique par les mobilités douces, l’observation de courtes pauses ou le changement fréquent de position, est une solution simple à réaliser.
