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Escapades guyanaises sur la terre comme au ciel

À 7000 km de la métropole, la Guyane, renommée pour son patrimoine pénitentiaire et son centre spatial, recèle des richesses insoupçonnées pour les amateurs de sensations fortes au cœur de la nature.

Il avait 25 ans et il a disparu mystérieusement en 1950, englouti dans la forêt guyanaise. Raymond Maufrais, enfant rebelle, refusait l’itinéraire balisé qu’on lui proposait en métropole pour suivre ses rêves d’aventure. À son père, il écrit : « La France a besoin d’hommes, pas de diplômes. Je pars. » C’est en bateau que Maufrais rejoint Cayenne en 1949. Air Caraïbes n’existait pas encore et la Guyane n’avait pas encore songé à exploiter ses prodigieuses ressources touristiques… Ses articles, regroupés dans un livre, méritent le détour.

Depuis, l’impénétrable forêt guyanaise s’est laissé apprivoiser… Au point de pouvoir passer une ou plusieurs nuits dans un carbet* dont le confort varie selon les organismes qui ont mis l’excursion à leur catalogue. Des guides chevronnés prodiguent les conseils à suivre pour bien préparer son bagage ! Indispensables : la lampe de poche, des vêtements de pluie, une casquette, sans oublier la crème solaire et un répulsif antimoustiques, les moustiquaires sont fournies… C’est en pirogue que les apprentis Robinson devront remonter le fleuve Kourou. Adieu le monde « moderne », le téléphone mobile est aux abonnés absents… Avant la nuit, une immersion dans « l’enfer vert » (ou le poumon vert, selon votre état d’esprit) s’impose. Serpents anacondas mais aussi araignées, moustiques et autres insectes sympathiques vous accueillent ! Côté jardin, c’est le délire : pour info, on décompte près de 1 700 espèces d’arbres et plus de 7 000 espèces de plantes ! Et quel vacarme ! Les criailleries des singes hurleurs s’imposent. Presque impossible d’en « placer une ». 

Une fois passé le baptême du feu et diplôme de « baroudeur » en poche, vous ne manquerez pas l’incontournable Centre spatial guyanais (CSG) basé à Kourou, implanté sur 800 km2 : une passionnante visite guidée (durée : trois heures trente) au plus près des installations pour tout savoir sur le fonctionnement du centre. Les visiteurs ont la possibilité d’accéder aux pas de tirs et à la salle Jupiter, centre de contrôle d’où s’égrène le compte à rebours. 

Avec un peu de chance, si l’occasion se présente, vous pourrez suivre au plus près le décollage de la fusée Ariane depuis les sites d’observation, une expérience mémorable. Pour parfaire vos connaissances, le musée de l’Espace rénové vous ouvre ses portes. L’aventure spatiale vous est contée à travers de remarquables dispositifs ludiques et interactifs qui vous transporteront (presque au sens propre) dans la stratosphère. On en sort avec… des étoiles dans les yeux !

Et ce n’est pas tout. Outre les fusées qui font sa renommée, le CSG est aussi une réserve naturelle sans équivalent : sur les 800 km2, seuls 5 % sont bâtis. Le reste abrite une biodiversité insolite et insoupçonnée dans cet univers industriel de premier plan. Animaux et plantes prolifèrent. Des visites en bus très encadrées y sont organisées, sous l’égide d’un représentant de l’Office national des forêts (ONF).

Moins riant, le patrimoine pénitentiaire fait partie intégrante du paysage guyanais. Un tourisme mémoriel permet à ceux qui se plaisent à faire un détour par l’histoire de mieux connaître un pays. Impossible d’éluder le souvenir de la colonie pénitentiaire installée aux îles du Salut, haut lieu des bagnards « d’envergure » et des prisonniers politiques (Dreyfus y fut détenu de 1895 à 1899) et à Saint-Laurent-du-Maroni, réservé aux basiques « droits communs ».
La visite ne manque pas de susciter un certain malaise… Quelle désolation que ces 153 cellules abandonnées de l’île Saint-Joseph, envahies par la végétation !

Sur l’île Royale, on chemine sur l’itinéraire balisé du condamné : quartier disciplinaire, couloir de la mort, guillotine… On évalue à environ 75 000 le nombre de personnes (essentiellement des hommes) envoyées en Guyane entre 1795 et 1953, date de la fermeture définitive du bagne.

Les vestiges ont été en partie restaurés et des panneaux ont été disposés tout au long du parcours. Écrivains et cinéastes se sont emparés de cette histoire sinistre, à commencer par le célèbre Albert Londres dont le récit, Au bagne, a indiscutablement contribué à mettre en lumière les atrocités, dénoncées avec la plus grande véhémence. Il n’est pas pour rien dans la fermeture définitive du bagne, tout comme Henri Charrière, alias « Papillon » dont la biographie éponyme a été adaptée au cinéma avec dans les principaux rôles Steve McQueen et Dustin Hoffman.

D’aucuns, nombreux, plaident pour que les restes du bagne soient inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco, notamment le camp de la Transportation, classé Monument historique en 1995. La démarche, toujours en attente, a été initiée en 2014 dans le cadre de la politique de restauration et de valorisation du patrimoine de Saint-Laurent.

Denise Cabelli

* Le carbet est une structure architecturale traditionnelle des régions tropicales.