Boulogne-Billancourt, on y court !
Accessible en transports en commun, la ville est un concentré d’art et de culture dont elle s’enorgueillit à juste titre ! Un écrin à découvrir par ses propres moyens ou en choisissant une visite guidée, seul ou en famille et pourquoi pas, à pied !
Pour le commun des mortels, Boulogne-Billancourt évoque d’emblée l’île Seguin et la formidable aventure des usines Renault. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Une visite nostalgique d’environ une heure trente, sur les lieux de mémoire de l’ancien site industriel, retrace toute cette histoire ainsi que les événements historiques marquants, la création de modèles de voitures emblématiques.
D’autres sites industriels sont au programme et non des moindres : les studios de Boulogne où flottent toujours les ombres de Jean Gabin, d’Audrey Hepburn ou d’Orson Welles, plus insolite encore, l’entreprise de l’auto-thermos, ancêtre de la cocotte-minute…
Plus « pointu », le parcours des années trente est une véritable plongée dans cette période intense de création architecturale et artistique.
Le Musée des années 30 a pris place au sein de l’espace Landowski, sculpteur célébrissime pour être l’auteur, entre autres, du Christ qui embrasse Rio de Janeiro du haut du Corcovado.
Dans cet espace, le musée offre aux visiteurs une palette d’œuvres d’artistes phares tels que Juan Gris, Tamara de Lempicka, Zadkine, Lipchitz, Iacovleff, Charlotte Perriand, Jean Prouvé, etc.
Un vrai plaisir que de déambuler dans les salles spacieuses du musée de 3 000 m2 réparti sur trois étages. Au 3e étage, plusieurs salles sont consacrées à l’art colonial.
Sculptures, tableaux, dessins, représentent des scènes de vie et des habitants d’Afrique noire, du Maghreb, de l’Indochine d’alors. « On perçoit de la part des artistes un émerveillement devant ces découvertes d’autres peuples, une vraie fascination », analyse Gabrielle Soullier-de Roincé, conservatrice du musée.
Les années trente ont laissé de nombreuses marques dans la ville. Plusieurs parcours célèbrent les réalisations architecturales de Mallet-Stevens, Le Corbusier, Jean Niermans, entre autres.
Particulièrement émouvant, l’hôtel particulier, tout en pilastres, chapiteaux et fronton à modillons de style néoclassique au 5 de l’avenue Gambetta, où vécut Édith Piaf.
À faire à pied, au printemps… Autre curiosité, le musée Paul-Belmondo, inauguré en 2007.
Installé dans le cadre du château Buchillot, il a bénéficié du legs de la famille Belmondo (dont le célèbre acteur Jean-Paul…) à la ville, des œuvres du sculpteur réputé. Déployé sur quelque 1 000 m2, il rassemble 259 sculptures et moules, des travaux préparatoires de près de 900 dessins, des croquis ainsi que du mobilier.
La plus belle réalisation à ne pas manquer : le musée départemental Albert-Kahn, fondé par un banquier philanthrope et humaniste qui mit sa fortune au service de la connaissance des peuples. En distribuant des bourses de voyage à des jeunes diplômés et en faisant appel à des photographes professionnels, des cinéastes et des géographes, il réunit des milliers de photographies et de documentaires qui vont constituer « les archives de la planète ». Pacifiste engagé, il est très affecté par la Première Guerre mondiale et ne cessera, au cours de sa vie, de soutenir les initiatives en faveur de la paix. Ces milliers d’autochromes (72 000 !) sont exposés sur les murs du nouvel édifice réalisé par l’architecte japonais Kengo Kuma.
Même si le parti pris muséographique de type « contemporain » est très discutable, laissant le visiteur noyé dans un amoncellement de photographies non légendées au format carte postale, la visite vaut le déplacement pour ses expositions temporaires plus lisibles centrées sur des thématiques particulières sans oublier les postes de consultation à portée de main permettant à chacun de se connecter à la projection de son choix.
Le second volet du musée est tout à fait exceptionnel : le jardin de 4 hectares offre un panorama d’un monde en miniature. Sept scènes paysagères sont révélées au public qui passe ainsi successivement de la roseraie du jardin français, au jardin anglais, puis au jardin japonais, en passant par la forêt bleue des Vosges, le tout agrémenté d’essences rares, de ponts, de petits pavillons… Une véritable merveille.
Ruiné après le krach boursier de 1929, le projet est mis à l’arrêt. Albert Kahn décède en 1940. Son œuvre demeure, accessible à tous.
Denise Cabelli