Les promesses de la chronomédecine
En s’appuyant sur nos rythmes biologiques, la chronomédecine ouvre des perspectives pour améliorer l’efficacité des traitements et limiter leurs effets indésirables ou mieux prévenir certaines maladies. Une approche encore en plein développement…
Les recherches en chronobiologie ont montré que notre organisme fonctionne selon une horloge interne d’une remarquable précision. Bien plus qu’un simple régulateur de l’alternance entre le sommeil et l’éveil, cette horloge pilote la sécrétion des hormones, la pression artérielle, la température corporelle, l’activité du système immunitaire, le métabolisme, la réparation des cellules ou encore l’expression de milliers de gènes. « On estime qu’environ 10 % des gènes exprimés dans une cellule donnée sont régulés par l’horloge circadienne », explique le docteur François Rouyer, directeur de l’Institut des neurosciences Paris-Saclay (NeuroPSI).
Ces découvertes ont donné naissance à la chronomédecine, également appelée médecine circadienne. Son principe ? Adapter les traitements et les stratégies de prévention au rythme biologique de chaque individu afin d’en améliorer l’efficacité tout en limitant les effets indésirables. « Puisque notre physiologie est largement soumise aux rythmes circadiens, nous ne sommes pas dans le même état biologique selon le moment de la journée. Nous n’avons donc pas la même capacité à absorber, métaboliser ou éliminer un médicament, ni à répondre de la même façon à un traitement », souligne le Dr Rouyer.
La chronothérapie pour soigner au moment optimal
Plusieurs médicaments sont déjà prescrits à des horaires précis. Les corticoïdes sont par exemple recommandés le matin afin de respecter le rythme naturel de sécrétion du cortisol. Dans la même logique, les antidépresseurs stimulants sont pris le matin et les sédatifs le soir. Des études suggèrent qu’une prise le soir de certains antihypertenseurs pourrait mieux restaurer la baisse nocturne de la tension. Cet horaire ne doit toutefois jamais être modifié sans avis médical. En cancérologie, la chronothérapie suscite aussi un intérêt croissant. « Les chercheurs appellent à davantage d’études, mais le principal bénéfice semble être une diminution des effets secondaires de la chimiothérapie, sans perte d’efficacité », explique Marie Gombert Labedens, chronobiologiste et chercheuse au Center for Health Sciences de Menlo Park (Californie). À terme, cette approche pourrait devenir beaucoup plus personnalisée. « Notre horloge interne varie selon l’âge, le sexe, la génétique et le chronotype. Demain, nous pourrions adapter l’horaire des traitements à l’horloge biologique propre à chaque patient, voire tenir compte du cycle menstruel pour optimiser le moment d’administration et le dosage », précise-t-elle.
Mieux prévenir les maladies
Les rythmes circadiens jouent un rôle majeur dans notre état de santé. Lorsqu’ils sont durablement perturbés par le travail de nuit, les horaires décalés, le manque de sommeil, le décalage horaire ou une exposition excessive à la lumière le soir, le risque de développer certaines maladies augmente. Les études montrent une association avec le diabète de type 2, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, certains cancers, mais aussi des troubles dépressifs ou anxieux. Préserver son horloge biologique constitue un véritable enjeu de prévention. « L’un des leviers les plus efficaces est l’exposition à la lumière, en particulier à la lumière riche en longueurs d’onde bleues, qui constitue le principal synchroniseur de notre horloge circadienne », explique le Dr Rouyer. Des recherches sont également menées dans le domaine du vieillissement. « Avec l’âge, l’amplitude des rythmes circadiens diminue, ce qui pourrait contribuer à certaines altérations physiologiques. L’une des pistes étudiées consiste à renforcer ces rythmes grâce à une exposition adaptée à la lumière en journée », précise-t-il.
Anne-Sophie Glover-Bondeau
