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Hémophilie B : la fin des injections à vie ?

Depuis quelques mois, la première thérapie génique dans l’hémophilie B est devenue une réalité en France. Elle permet d’obtenir une rémission et d’améliorer nettement la qualité de vie du patient. Que peut-on en attendre ?

Avant de comprendre pourquoi la première thérapie génique dans l’hémophilie B est une solution « quasi miracle », quelques notions sur cette maladie hémorragique génétique rare.
Liée au chromosome X, elle concerne près de 9 000 personnes en France. Dans 80 % des cas, elle est due à un déficit en facteur VIII et dans 20 % à un déficit en facteur IX (1 naissance masculine sur 30 000). Ces protéines de la coagulation sont produites par le foie. Moins ces facteurs sont présents, plus le risque de saignement augmente. Dans le soin courant, le traitement de l’hémophilie B repose sur l’administration intraveineuse de facteur IX, généralement une fois par semaine, à l’hôpital.
Après un premier patient français traité en 2024 hors essais cliniques, cette première thérapie génique est arrivée en 2025. Elle vise à corriger l’anomalie génétique responsable du déficit. Dans les formes sévères d’hémophilie B, le foie ne produit pas de facteur IX en raison d’un fragment d’ADN défectueux. La thérapie consiste donc à introduire dans les cellules hépatiques une version fonctionnelle du gène du facteur IX. Pour y parvenir, un vecteur viral, contenant un gène optimisé pour augmenter la production de la protéine manquante, est administré en une perfusion unique. Les vecteurs atteignent le foie, pénètrent ensuite dans les cellules et exploitent leur machinerie pour qu’elle produise du facteur IX. En toute autonomie.

Rémission plutôt que guérison

Une fois la thérapie génique injectée, la production de facteur IX débute après deux à trois semaines. Et si les taux obtenus ne reviennent pas à la normale, ils atteignent souvent 20 % à 30 %, ce qui est un niveau suffisant pour passer d’une forme sévère à une forme mineure. Ainsi, dans la majorité des cas, cela permet d’arrêter les injections intraveineuses contraignantes et de réduire fortement les saignements. D’après les données actuelles, les taux sont stables sur six à dix ans. Un suivi sur environ trente ans est prévu.

Alors, est-ce le Graal ? En théorie, oui. En pratique, la réalité est plus nuancée, car la thérapie génique ne concerne pas toutes les personnes hémophiles. Elle s’adresse surtout aux formes sévères ou modérées à sévères. À ce stade, elle est réservée aux adultes, les études chez les plus de 12 ans débutant à peine.

En France, cinq centres sont autorisés à l’administrer : Paris (Necker), Lyon, Lille, Marseille et Nantes. Au CHU nantais, environ 15 patients atteints d’hémophilie B sont suivis. Trois se sont déclarés intéressés. Car il faut remplir plusieurs conditions pour en bénéficier, à commencer par avoir un foie sain et avoir écarté un risque d’hépatite. Deuxième condition, une abstinence alcoolique d’un an est demandée pour préserver la fonction hépatique. 

La troisième est liée à la diffusion du vecteur viral dans l’organisme, y compris dans les spermatozoïdes, ce qui conduit à recommander l’absence de grossesse dans le couple pendant douze mois. Enfin, le suivi après injection étant très strict, avec un bilan sanguin hebdomadaire et une surveillance hospitalière étroite pendant au moins six mois, cela peut poser des difficultés en cas d’activité professionnelle ou d’éloignement géographique par rapport au centre hospitalier.

À noter : le coût de 2,8 millions d’euros de la thérapie génique est à comparer au traitement intraveineux standard à vie (7 000 euros en moyenne par semaine chez un adulte). L’équilibre économique est atteint en moyenne après une dizaine d’années.

Hélène Joubert