Le binge drinking a de réelles conséquences sur la santé des jeunes
Le fait de boire six verres d’alcool ou plus en une seule soirée est un phénomène appelé « binge drinking ». Problème : il expose les étudiants à des risques accrus pour leur santé. C’est ce que confirme une nouvelle étude.
Même quand il est pratiqué occasionnellement, le binge drinking n’est pas sans danger. Une étude, réalisée par des scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), de l’université Paris-Cité et du groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Sainte-Anne, le démontre. Elle a été publiée dans le Journal of Addictive Disorders. Cette pratique est associée aux troubles de l’usage de l’alcool, au tabagisme et aux comportements à risques.
3 308 témoignages d’étudiants recueillis
Le binge drinking se définit par la consommation de six verres ou plus en une seule occasion. Les chercheurs ont voulu comprendre quels sont les impacts de cette pratique, même quand elle est ponctuelle. Pour cela, ils ont recueilli les témoignages de 3 308 étudiants grâce à un questionnaire.
Ils ont ensuite classé les participants en quatre groupes : les non-pratiquants, les binge drinkers occasionnels (moins d’une fois par mois), ceux à fréquence moyenne (au moins une fois par mois) et les habitués (au moins une fois par semaine). « La catégorie “faible fréquence” regroupait le plus grand nombre de répondants, avec 1 204 réponses (soit plus d’un tiers), permettant une analyse particulièrement significative », indique l’Inserm.
Même rare, le binge drinking multiplie les risques
L’un des principaux enseignements de cette étude est que le binge drinking n’est jamais sans conséquence. Parmi les étudiants le pratiquant moins d’une fois par mois, 36,5 % présentent déjà une consommation d’alcool considérée comme dangereuse pour la santé. À titre de comparaison, cela n’est le cas que de 4,8 % de ceux qui ont déclaré ne jamais y avoir eu recours.
Les chercheurs observent également qu’ils sont davantage fumeurs et présentent plus souvent une forte recherche de sensations.
Ainsi, même quand il est peu fréquent, le binge drinking engendre un risque accru de développer un trouble de l’usage de l’alcool ou d’autres substances.
Des motivations souvent sociales
Pourquoi les jeunes se livrent-ils à cette pratique ? Les réponses sont souvent liées à l’amélioration de l’humeur et du bien-être et à la réduction des émotions négatives. Les étudiants évoquent aussi la recherche d’une validation sociale.
« Les résultats semblent indiquer que les binge drinkers à faible fréquence boivent plus dans l’idée d’améliorer leurs performances et faciliter le lien social, constate Philip Gorwood, chercheur de l’Inserm et professeur à l’université Paris-Cité. Cependant, des motivations de ce genre amènent la personne à associer régulièrement alcool en forte quantité et contacts sociaux, expliquant le risque de cercle vicieux pouvant mener à l’addiction. »
D’ailleurs, les consommateurs, à fréquence moyenne, seraient plus sujets au craving. Il s’agit d’une « pulsion, une envie impérieuse et irrépressible de reproduire, contre sa volonté, l’expérience à la base de la conduite addictive », selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
Accentuer la prévention
Face à ces constats, les chercheurs appellent à une prise de conscience collective. Ils rappellent qu’entre 18 et 25 ans, le cerveau est encore en pleine maturation (lire aussi notre article). Les effets de l’alcool, surtout en grande quantité, sont d’autant plus dévastateurs. Les conséquences ne se limitent pas à la gueule de bois du lendemain. Des troubles cognitifs, comportementaux ou encore une dépendance peuvent survenir.
Informer les étudiants des risques, « avant tout jugement ou interdiction », est donc capital. « Ce message pourrait être la base des stratégies de prévention comme des campagnes de sensibilisation, l’utilisation d’affiches dans les universités ou des publicités sur les réseaux sociaux, pour diffuser l’idée que le binge drinking, même peu fréquent, est nuisible pour la santé », explicite Philip Gorwood.
