Le pharmacien nouveau est arrivé
Alors qu’ici ou là des officines ferment, les pharmaciens exercent de nouvelles activitésde santé publique. Délivrance d’antibiotiques dans certains cas, vaccination, suivi de maladies chroniques, actions de prévention… Autant de moyens de faire reconnaître leur expertise dans le parcours de santé.
On connaît le conseil du pharmacien sur des pathologies bénignes et les premiers secours (entorses, petites plaies). Au-delà de ce rôle, le métier de pharmacien d’officine change. Désormais, la loi permet à celui-ci d’élargir son intervention pour répondre aux nouveaux enjeux de santé publique.
Pierre-Olivier Variot, président de l’Union syndicale des pharmaciens d’officine rappelle l’objectif : « Désengorger les cabinets médicaux, renforcer la capacité de réponse en première ligne et fluidifier les parcours de soins ». La prescription et la délivrance d’antibiotiques sont un de ces rôles. Après avoir pratiqué, à l’officine, un test rapide d’orientation diagnostique (TROD), ils peuvent, si le test se révèle positif, prescrire et délivrer des antibiotiques, pour les angines et les cystites. Dans les zones à faible densité médicale, ils peuvent également renouveler des traitements chroniques.
Pour la vaccination, les pharmaciens jouent un rôle clé et même renforcé. En plus de délivrer les vaccins, ce qu’ils font depuis longtemps, ils peuvent aussi vacciner, après une formation spécifique lors de leur programme de formation continue, ou développement professionnel continu. Cela simplifie, et facilite pour le patient, l’acte de se faire vacciner contre la grippe, le Covid, le pneumocoque… La dispensation de la pilule du lendemain, et le conseil qui est prodigué au même moment, est un rôle non négligeable des officinaux.
Autre volet de cette mutation, l’accompagnement thérapeutique. Un soutien personnalisé du patient, notamment pour les maladies chroniques comme le diabète. Des « entretiens pharmaceutiques » sont aussi lancés pour aider au sevrage tabagique.
En santé publique, les pharmacies sont de plus en plus impliquées – avec d’autres acteurs de santé – dans les actions de prévention. L’espace d’accueil du public et le grand nombre de contacts (plusieurs millions) qu’ils ont chaque jour, en font des relais essentiels des messages sanitaires.
Les syndicats de pharmaciens réclament l’élargissement de ces missions. Par exemple, à la prise en charge des conjonctivites : virales, bactériennes ou allergiques, celles-ci sont fréquentes et souvent bénignes. « Les pharmaciens pourraient les prendre en charge, y compris en délivrant des collyres antibiotiques, comme ils le font déjà pour les cystites et les angines ». Côté douleurs dentaires, « une antibiothérapie initiée à l’officine éviterait un premier passage chez le dentiste. Quitte à ce que le patient consulte ensuite avec une plaie propre, plus simple à traiter. »
Après l’extraction de tiques, « le pharmacien pourrait initier une antibioprophylaxie si nécessaire ». Enfin, on pourrait élargir la gamme des dépistages disponibles et la délivrance de kits de dépistage : auto-prélèvement du papillomavirus, tests pour la dégénérescence maculaire liée à l’âge. Un syndicat défend la compétence vaccinale des officinaux pour les voyageurs, y compris en contexte ultramarin.
Quant à l’utilisation du numérique, l’intégration des technologies numériques dans les pratiques pharmaceutiques est renforcée pour améliorer la prise en charge des patients.
Ces nouvelles missions visent à simplifier l’accès aux soins et à reconnaître l’expertise des pharmaciens dans le parcours de santé.
Alain Noël
