Socio-esthéticienne : bien loin des salons

Au-delà du soin esthétique, la socio-esthéticienne apporte du bien-être aux personnes atteintes au plus profond de leur chair et de leur psychisme, quand l’image qu’elles ont d’elles-mêmes est perturbée par la maladie, le chômage ou l’addiction.

La socio-esthéticienne intervient auprès des personnes fragilisées, hommes ou femmes, dans les prisons, au sein d’associations pour personnes en situation de précarité ou encore dans les établissements hospitaliers. Depuis quelques années, les médecins ont pris conscience de l’importance d’être attentif au bien-être et à l’esthétique des patients. Ils considèrent la socio-esthétique comme un soin de support et sont de plus en plus nombreux à intégrer une socio-esthéticienne dans leur équipe, afin qu’elle intervienne de façon régulière auprès des malades. Ils savent que ce type de séance peut aider ces derniers à affronter la maladie. Soins du visage, modelage, maquillage, épilation, manucure… : les gestes sont les mêmes que ceux pratiqués en institut de beauté, mais ici tout est pris en charge par l’établissement où ils sont dispensés.

Une séance qui réconforte

Marie-Christine Joulot, socio-esthéticienne depuis plus de quinze ans en oncologie et soins palliatifs au CHU de Toulouse, n’impose rien. « Lorsque j’entre dans la chambre d’un patient, je commence par lui demander ce dont il a besoin, ce qui lui ferait plaisir, je me mets à sa disposition pour lui offrir une parenthèse agréable dans cet univers médicalisé », explique-t-elle. En s’adaptant aux besoins et aux maux de chacun, elle offre une réponse personnalisée : couper les ongles lorsqu’on n’est plus en mesure de le faire soi-même, masser les mains ou le visage, maquiller, mais aussi conseiller. Aux jeunes femmes, par exemple, qui vont subir une chimiothérapie, elle explique les transformations que leur corps va connaître et donne des astuces pour y remédier afin qu’« elles acceptent mieux les effets secondaires du traitement, qu’elles ne se replient pas sur elles-mêmes et qu’elles gardent une activité sociale ». Comment redonner de l’intensité à un regard quand les cils et les sourcils sont tombés ? Quel produit utiliser pour hydrater sa peau ? Marie-Christine Joulot devance les questions que les patientes auront à se poser. Les hommes, qui y sont certainement moins habitués, profitent aussi de ses conseils, car leur peau, leurs cheveux et leurs ongles ne sont pas non plus épargnés par les traitements de chimio ou de radiothérapie.

Beaucoup de précautions

A l’hôpital, la socio-esthéticienne fait partie intégrante de l’équipe médicale. Elle assiste aux réunions et aux transmissions, prend connaissance des pathologies et des traitements avant d’intervenir. Pour procurer un moment de plaisir au patient et le réconcilier avec un corps bien souvent malmené et meurtri, cette professionnelle (le métier est essentiellement féminin) a bénéficié d’une solide formation en cancérologie, en psychologie et en dermatologie. « On ne peut pas faire n’importe quel soin, les produits sont à utiliser en fonction de la pathologie et du traitement du patient, souligne Marie-Christine Joulot. Je demande toujours au préalable au médecin ce que je peux ou ne peux pas faire. C’est très important, d’où la nécessité absolue d’une formation solide. On ne s’improvise pas socio-esthéticienne même si l’on est très expérimentée en tant qu’esthéticienne. » Elle est aussi formée aux règles d’hygiène, très strictes à l’hôpital en raison des risques d’infections nosocomiales.

Un lâcher-prise qui soulage

La séance avec la socio-esthéticienne est parfois l’occasion pour les patients de se confier, de parler de ce corps qui est douloureux et qui les abandonne. Marie-Christine se souvient d’une patiente en révolte contre son corps, qui se sentait trahie par celui-ci, dont elle avait pourtant toujours pris soin. « L’essentiel est que les patients évacuent, qu’ils se laissent aller. Lorsque je forme des stagiaires, je leur explique que nous sommes un réceptacle. On est dans l’écoute active même si on n’a pas la solution, précise-t-elle. Quand je travaillais en institut, je voyais certaines clientes très régulièrement. Dans l’intimité de la cabine, elles se confiaient et des liens d’amitié se tissaient. A la fin de la séance, certaines me disaient : « Ça devrait être remboursé par la Sécu. » L’idée a fait son chemin, et Marie-Christine Joulot a voulu se débarrasser de l’étiquette de frivolité qu’on collait trop souvent à son métier. Aujourd’hui, grâce à elle, les patients vivent mieux et se font plaisir, même lorsqu’ils se trouvent dans un service de soins palliatifs.

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