La persistance du poliovirus d’origine vaccinale reste une menace en Afrique

, par  Delphine Delarue

Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est félicitée, mardi 25 août, de l’éradication du poliovirus sauvage sur le continent africain, la persistance de quelques cas liés à des souches issues de vaccins oraux chez les populations faiblement immunisées pose problème. Les pays de la région et leurs partenaires sont invités à poursuivre leurs efforts de vaccination à grande échelle.

C’est officiel : mardi 25 août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a certifié l’Afrique exempte du virus de la polio, après quatre années consécutives sans cas déclaré sur son sol. Cette « victoire » est « l’une des plus grandes réalisations de santé publique de notre temps et nous encourage tous vivement à finir d’éradiquer la poliomyélite dans le monde », a déclaré le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. Au total, près de 90 % de la population mondiale vit désormais dans une région du monde où la maladie ne sévit plus.

En Afrique, « les pays ont su coordonner leurs efforts pour surmonter les principaux obstacles à la vaccination des enfants, comme les fréquents mouvements de population, les conflits et l’insécurité qui entravent l’accès aux services de santé, ou encore le pouvoir qu’a le virus de se propager rapidement et de traverser les frontières », souligne l’organisation mondiale.
Actuellement, seuls deux pays comptent encore des contaminations spontanées : le Pakistan (58 cas en 2020) et l’Afghanistan (29 cas en 2020).

Paralysie irréversible
Provoquée par le poliovirus sauvage, la poliomyélite est une maladie infectieuse aiguë et contagieuse qui touche essentiellement les enfants. Elle se transmet par l’alimentation ou l’eau impropre et attaque la moelle épinière, ce qui peut provoquer une paralysie irréversible. Endémique partout dans le monde jusqu’à la découverte d’un vaccin dans les années 1950, la polio a rapidement disparu des pays riches mais est restée longtemps active en Asie et en Afrique.

La partie n’est pas pour autant complètement gagnée. La circulation de virus vaccinaux (mutés) s’est ajoutée à celle du virus initial. Aujourd’hui, si le poliovirus ne circule plus dans sa forme sauvage en Afrique, quelques cas liés à des souches issues des vaccins oraux (souche vaccinale de type 2 – PVDVc2) sont encore régulièrement comptabilisés dans 16 pays de la région. Treize cas de paralysie ont ainsi été rapportés récemment au Soudan. « Comme il existe des poches de faible immunité, ces souches demeurent une menace, précise l’OMS. Et le risque est augmenté par les interruptions de la vaccination causées par la Covid-19, qui rendent les communautés plus vulnérables aux flambées épidémiques dues au PVDVc2. »

Garantir une immunité élevée aux populations
Seule solution au regard du bénéfice-risque apporté par le vaccin (depuis 1996, les campagnes de vaccination ont permis d’éviter près de 2 millions de paralysies et 180 000 décès) : poursuivre la lutte pour garantir une immunité élevée aux populations concernées. « Il ne faut pas relâcher les efforts, explique l’OMS. L’engagement continu à renforcer la vaccination et les systèmes de santé dans la région africaine est essentiel pour ne pas remettre en cause la victoire remportée sur la poliomyélite sauvage et pour endiguer la propagation du poliovirus PVDVc2. »

Les espoirs reposent également sur un nouveau vaccin, plus stable génétiquement et en cours d’évaluation : « Les essais cliniques de phase 1 et 2 montrent que ce vaccin est sûr et qu’il déclenche la production d’anticorps dans 100 % des cas », explique au Monde Pierre Van Damme, directeur du Centre d’évaluation de la vaccination à l’université d’Anvers, qui développe le vaccin avec d’autres experts internationaux et l’appui de la Fondation Gates.

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