L’OMS dénonce le manque de prise en charge de la santé mentale

, par  Léa Vandeputte

La plupart des pays du monde ne fournissent pas les services de santé mentale dont leurs populations ont besoin, constate l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui enjoint les différents acteurs à s’investir pour proposer une prise en charge de qualité.

L’OMS a publié le 8 octobre son Atlas 2020 de la santé mentale. Édité tous les trois ans, celui-ci permet d’effectuer un état des lieux de l’action de 171 pays en la matière. Et cette dernière version « brosse un tableau décevant », selon les termes de l’organisation. « L’attention accrue accordée à la santé mentale au cours des dernières années ne s’est pas encore traduite par la mise en place à grande échelle de services de santé mentale de qualité qui correspondent aux besoins », indique-t-elle.

Les effets mitigés de la pandémie

Pourtant, l’épidémie de Covid-19 – et les restrictions qu’elle a engendrées partout dans le monde – a mis en exergue l’importance de la santé mentale. Certaines catégories de la population, dont les soignants, les étudiants, les personnes seules et celles déjà atteintes de pathologies mentales, ont été particulièrement touchées. Pendant cette période difficile, les services de prise en charge des troubles mentaux ou neurologiques ont été largement perturbés. « Il est extrêmement préoccupant de constater que, malgré le besoin évident et croissant de services de santé mentale, qui est devenu encore plus criant pendant la pandémie de Covid-19, les bonnes intentions ne se concrétisent pas en investissements », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, avant de poursuivre : « Nous devons tenir compte de ce signal d’alarme et agir en conséquence, en accélérant considérablement le rythme des investissements dans la santé mentale, car il n’y a pas de santé sans santé mentale. »

Des progrès restent à faire

Dans le détail, seuls 52 % des pays ont atteint l’objectif relatif aux programmes de promotion et de prévention de la santé mentale, alors que l’OMS espérait atteindre 80 %. L’objectif, fixé pour 2020, de réduire le taux de suicide de 10 % a été atteint, « mais même sur ce point, seuls 35 pays ont déclaré avoir une stratégie, une politique ou un plan de prévention spécifique », pondère l’organisation. Les États consacrent environ 2 % de leurs budgets à la santé mentale ; une proportion qui reste stable depuis des années. L’OMS note toutefois « une augmentation du pourcentage de pays déclarant que le traitement des personnes souffrant [de problèmes de santé mentale] était pris en charge par les régimes nationaux d’assurance maladie ou de remboursement – de 73 % en 2017 à 80 % en 2020 ». Les programmes de promotion et de prévention de la santé mentale ont par ailleurs été plus nombreux : 52 % des États membres en ont mis en place (contre 41 % en 2014). « Toutefois, 31 % du total des programmes mentionnés ne disposaient pas de ressources humaines et financières spécifiques, 27 % n’avaient pas de plan défini et 39 % ne disposaient d’aucun élément attestant des progrès et/ou de l’impact », constatent les auteurs de l’Atlas.

Objectif 2030

Le Plan d’action global de l’OMS pour la santé mentale qui devait s’achever en 2020 a finalement été prolongé jusqu’en 2030. Il comprend de nouveaux objectifs « pour l’inclusion de la santé mentale et du soutien psychosocial dans les plans de préparation aux situations d’urgence, l’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires et la recherche sur la santé mentale », que les membres de l’organisation se sont engagés à respecter. « Les nouvelles données issues de l’Atlas de la santé mentale nous montrent que nous avons encore un très long chemin à parcourir pour nous assurer que tout le monde, partout, a accès à des soins de santé mentale de qualité, a indiqué Dévora Kestel, directrice du département Santé mentale et usage de substances psychoactives à l’OMS. Mais je suis réconfortée par le regain d’enthousiasme dont ont fait preuve les gouvernements lorsque les nouvelles cibles pour 2030 ont été discutées et convenues, et je suis convaincue qu’ensemble, nous pouvons faire le nécessaire pour passer des petits pas aux pas de géant dans les dix prochaines années. »

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