La pollution invisible du numérique

, par  Ciem

Trafic routier, déforestation, océans envahis de plastique… Les effets de la pollution sont visibles partout dans le monde. En revanche, peu de gens réalisent que leur activité sur Internet a également un impact sur l’environnement. Or, chacun peut contribuer à réduire cette pollution numérique, plus cachée mais tout aussi réelle.

Tout le monde peut constater de ses propres yeux les conséquences néfastes de l’activité humaine sur la planète. Mais il existe aussi une autre forme de pollution, moins visible, et qui ne cesse d’augmenter, c’est la pollution numérique. Visionner une vidéo sur YouTube, un film en streaming, faire des recherches sur Internet, envoyer et recevoir des e-mails, stocker ses photos sur le cloud ou encore utiliser un objet connecté : toute cette activité digitale, gourmande en énergie, produit des gaz à effet de serre, responsables, notamment, du dérèglement climatique.

Une activité toujours plus polluante

Aujourd’hui, le secteur du numérique représente environ 2 à 4 % des émissions de CO2 au niveau mondial, ce qui équivaut à peu près à l’ensemble des émissions du secteur de l’aviation civile. D’ici à 2020, ce chiffre sera multiplié par deux si aucun changement n’a lieu. Dans un monde où les populations sont de plus en plus connectées, la consommation de données Internet suit une courbe exponentielle. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) évaluait, en 2018, la consommation d’énergie liée à l’activité numérique à 10 % de la facture d’électricité mondiale, un chiffre qui n’est pas près de baisser. S’il est bien sûr inconcevable de se passer désormais des nouvelles technologies, l’utilisation des outils numériques peut toutefois être optimisée. Mais pour surfer de façon plus responsable, il faut d’abord comprendre de quelle façon l’activité numérique peut être source de pollution. Car les mots sont trompeurs : « dématérialisé », « virtuel » ou « cloud », représenté par l’icône d’un petit nuage, cachent en réalité, rien que sur le territoire français, des millions d’ordinateurs, de smartphones ou autres tablettes, ainsi que des milliers de data centers, sortes d’entrepôts qui abritent les serveurs, stockent les données et restent actifs jour et nuit.

Des équipements énergivores

Concernant la dépense énergétique imputable au numérique, 40 % de l’électricité consommée concerne les réseaux (les fameuses « autoroutes de l‘information », qui comprennent sur leurs trajets nombre d’antennes et de routeurs chargés d’aiguiller les informations), 30 % les équipements terminaux (ordinateurs, smartphones, objets connectés) et 30 % les data centers. Ces derniers, outre le fait d’être de gros consommateurs d’énergie, ont aussi un énorme défaut : ils dégagent beaucoup de chaleur et demandent en retour à être refroidis. Même si certains sont maintenant alimentés par des énergies renouvelables ou refroidis via des procédés plus écologiques, comme la géothermie, la plupart du temps, ce sont des climatiseurs qui s’en chargent, faisant encore grimper la facture d’électricité. Enfin, les utilisateurs d’Internet ont également un rôle important à jouer, car c’est bien le consommateur final qui dictera les règles. De nouvelles habitudes de consommation, plus respectueuses de l’environnement sont, là aussi, tout à fait envisageables. Profitons des progrès que nous offre le numérique tout en réduisant son impact environnemental grâce à de petits gestes quotidiens (voir infographie).

Ordinateurs et smartphones : des composants toxiques

Cuivre, nickel, zinc, étain, mais aussi arsenic, gallium, germanium, thallium, tantale ou encore indium sont présents dans les ordinateurs et les smartphones. Ces métaux, dont certains sont rares, sont peu recyclés, ce qui participe à l’appauvrissement des ressources. De plus, leur extraction demande l’utilisation de produits nocifs pour l’environnement, comme l’acide sulfurique, le mercure ou le cyanure. Pour finir, les appareils en fin de vie atterrissent bien souvent dans des décharges sauvages, en Inde ou en Afrique, où ils sont brûlés pour récupérer l’or qu’ils contiennent, ce qui pollue la terre, l’air et les nappes phréatiques.

Diminuez votre pollution numérique

  • Faites durer vos équipements : réparez-les, achetez des appareils d’occasion ou reconditionnés.
  • Eteignez et débranchez vos appareils (box, ordinateur) quand vous ne vous en servez pas.
  • Désinstallez vos logiciels et applications non utilisés.
  • Faites le ménage dans votre boîte e-mail. Jetez les mails inutiles et videz la corbeille. Désabonnez-vous des newsletters superflues.
  • Mettez vos sites en favoris afin d’éviter des recherches inutiles ou tapez directement l’URL dans la barre du navigateur.
  • Réduisez le nombre d’onglets et de programmes ouverts simultanément et videz l’historique de votre navigateur.
  • Préférez un moteur de recherche éthique (comme Lilo ou Ecosia) plutôt que Google.
  • Choisissez une tablette, moins énergivore, plutôt qu’un ordinateur.

Pour aller plus loin : consultez le site de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), Ademe.fr/face-cachee-numerique.

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