Iatrogénie : quand les médicaments font plus de mal que de bien

, par  Léa Vandeputte

Les médicaments sont indispensables, mais ils sont parfois source d’accidents. Surdosage, non-respect de la posologie ou encore interactions sont autant de situations qui peuvent avoir des conséquences graves sur la santé des patients.

La iatrogénie médicamenteuse, qui désigne les effets indésirables provoqués par les médicaments, entraîne chaque année plus de 128 000 hospitalisations*. Elle concerne toute la population, mais l’exposition à ce risque est plus importante lorsque l’on avance en âge, et plus particulièrement si l’on prend plusieurs traitements. Les plus de 65 ans représentant plus de 18 % de la population française en 2015, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la iatrogénie se révèle donc un véritable enjeu de santé publique.

Un risque accru avec l’âge

En vieillissant, l’organisme devient plus sensible. Le foie et les reins éliminent moins bien les médicaments. A cette modification physique s’ajoute une éventuelle diminution des capacités cognitives, qui rend difficile le suivi des traitements. Chez les plus de 65 ans, les effets indésirables sont alors deux fois plus fréquents et plus graves, puisque 10 à 20 % entraînent une hospitalisation.
Le risque de iatrogénie est également amplifié lorsque la personne souffre de maladie chronique et consomme chaque jour plusieurs médicaments pour traiter diverses pathologies. Selon la Haute Autorité de santé (HAS)*, en France, la consommation journalière moyenne est de 3,6 spécialités chez les personnes âgées de 65 ans et plus ; elle passe de 3,3 par jour pour les 65-74 ans à 4 pour les 75-84 ans et à 4,6 pour les 85 ans et plus.
Les causes des accidents médicamenteux sont multiples et peuvent se cumuler. Les plus fréquentes sont un mauvais dosage, une erreur dans la prise du traitement (avaler son comprimé le soir au lieu de le prendre le matin) ou le non-respect de ce dernier, une interaction (notamment en cas d’automédication en plus du traitement habituel), une prescription inappropriée ou encore des effets indésirables.

Reconnaître un accident médicamenteux

Connaître les signaux d’alerte de l’accident médicamenteux permet de réagir rapidement et de prévenir son médecin ou son pharmacien. La iatrogénie regroupe des symptômes très divers, qui peuvent être bénins ou plus graves. En fonction de la sensibilité, de l’âge, de la morphologie et de l’état de santé du malade ou de la nature des médicaments, les réactions sont très variables. Cependant, en cas de fatigue, de diminution de l’appétit, de perte de poids, de vertiges, de malaise, de troubles de l’équilibre, de chute, de pertes de mémoire, de maux digestifs ou urinaires, de palpitations ou de problèmes de vision, il faut alerter un professionnel de santé. Ces manifestations peuvent en effet être dues aux médicaments.

Dialoguer avec son médecin et son pharmacien

Des gestes simples et un peu de bon sens permettent de prévenir le risque de iatrogénie. Afin de regrouper les conseils de professionnels pour mieux vivre avec son traitement, le Leem a édité un Guide du bon usage des médicaments**. La première consigne est simple : il faut respecter la posologie et la prescription. Nombre de comprimés, horaire des prises, durée : suivez à la lettre les indications de votre médecin et de votre pharmacien et ne décidez jamais seul d’interrompre ou de suspendre un traitement. Le dialogue avec les professionnels de santé est essentiel : n’hésitez pas à poser des questions à votre médecin, informez-le de vos différents traitements, signalez-lui un éventuel effet indésirable et, surtout, faites des bilans réguliers.
A la maison, conservez vos médicaments dans leur emballage d’origine et, en cas de générique, notez (ou votre pharmacien) sur la boîte le nom de la spécialité inscrit sur l’ordonnance. Enfin, il est fortement recommandé de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien avant d’acheter des médicaments sans ordonnance.

* « Consommation médicamenteuse chez le sujet âgé : consommation, prescription, iatrogénie et observance », rapport de la Haute Autorité de santé (HAS), professeur Sylvie Legrain, 2005.
** Guide disponible dans les salles d’attente et téléchargeable gratuitement sur le site du Leem : Leem.org/article/guide-du-bon-usage-des-medicaments.

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