Hypertension : toujours plus de malades… qui s’ignorent

, par  Isabelle Coston

L’hypertension artérielle (HTA) est une maladie très répandue à travers le monde, et le nombre de personnes concernées a doublé depuis 1990. Aujourd’hui, 720 millions de patients en souffriraient sans le savoir.

Il y aurait 1,28 milliard de personnes hypertendues, selon une étude internationale publiée le 24 août dans la revue The Lancet, et l’hypertension, en constante progression, touche deux fois plus de gens qu’il y a trente ans à l’échelle de la planète. Bien que très fréquente et facile à détecter par une simple prise de la tension artérielle, l’HTA reste pourtant largement sous-diagnostiquée. L’étude révèle notamment que plus de la moitié de ces 1,28 milliard de personnes, 720 millions exactement, ne savent pas qu’ils en souffrent.

Une vaste étude épidémiologique

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de chercheurs du professeur Majid Ezzati, auteur principal de l’article (École de santé publique de l’Imperial College de Londres), a analysé les données de 104 millions de patients âgés de 30 à 79 ans, à travers plus de 1 200 études menées dans 184 pays entre 1990 et 2019. Ils ont ainsi pu évaluer, dans chacun des pays étudiés, la prévalence de l’HTA et son évolution depuis trente ans, ainsi que la proportion de patients suivis et soignés ou non par un traitement.

En tête des facteurs de risques

Dans un communiqué publié le 25 août dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui reprend les principaux enseignements de l’étude, rappelle que cette pathologie arrive en tête de liste des facteurs de risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Elle est pourtant facile à contrôler, à l’aide de médicaments efficaces et peu coûteux, regrette l’organisation. C’est « un échec en termes de santé publique », a d’ailleurs déclaré le professeur Majid Ezzati. Souvent qualifiée de tueur silencieux, l’HTA est à l’origine de 8,5 millions de décès chaque année. Elle est principalement responsable d’AVC, d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque ou encore d’atteintes rénales. Beaucoup de ces décès pourraient cependant être évités grâce à un simple traitement.

De grandes disparités à l’échelle mondiale

Les situations sont très diverses selon les pays. Si, en 2019, la maladie touche partout à peu près autant les femmes (626 millions) que les hommes (652 millions), sa prévalence varie fortement en fonction des régions du monde. « Ainsi, c’est au Canada, au Pérou et en Suisse que l’on a constaté les taux de prévalence de l’hypertension les plus bas au monde en 2019, tandis que la République dominicaine, la Jamaïque et le Paraguay, pour les femmes, et la Hongrie, le Paraguay et la Pologne, pour les hommes, affichaient quelques-uns des taux les plus élevés », détaille l’OMS. En France, la prévalence de l’HTA est de 34 % chez les hommes et de 24 % chez les femmes. Parmi eux, 50 % des hommes et 56 % des femmes suivent un traitement, ce qui place notre pays respectivement aux 35e et 71e rangs mondiaux sur ce critère. Le pourcentage des patients dont la tension artérielle est contrôlée par le traitement est encore plus mince : 23 % chez les hommes, 35 % parmi les femmes. « Par comparaison avec d’autres pays, ce n’est pas si mal, mais on pourrait faire nettement mieux, avec une politique de prévention, qui n’est pas encore installée dans la culture française », observe Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille qui a participé à l’étude.
Enfin, l’OMS précise que « le taux d’hypertension a diminué dans les pays riches – où il est aujourd’hui généralement parmi les plus bas – mais a augmenté dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire ».

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